Le Hold-Up Planétaire

Le Hold-up planétaire, sous-titré La face cachée de Microsoft, est la retranscription par Dominique Nora d’un entretien avec Roberto Di Cosmo. Ce livre de 190 pages a été publié en octobre 1998 par la maison d’édition Calmann-Lévy. Les auteurs font de nombreuses références à des articles publiés sur Internet, dont la totalité des adresses est disponible à la fin de l’ouvrage.

Introduction

Roberto Di Cosmo est italien, diplômé de la Scuola Normale Superiore de Pise, a soutenu sa thèse de doctorat à l’université de Pise, et est aujourd’hui maître de conférence à l’Ecole Normale Supérieure à Paris. Il est également responsable de projets universitaires internationaux et participe à de nombreuses conférences internationales d’informatique théorique. Il suit de près depuis une dizaine d’année les pratiques de Microsoft, et c’est un reportage télévisé associant la modernité de l’informatique et d’Internet aux produits Microsoft qui l’a décidé à exprimer son point de vue en dehors du cercle académique. Il a alors publié en Mars 1998 un long article sur Internet, Piège dans le cyberespace, dans lequel il dévoilait les pratiques de Microsoft.

Dominique Nora, qui préparait un dossier sur Microsoft pour Le Nouvel Observateur (le gouvernement américain entamait alors une action antitrust contre la société), obtint un entretien avec Di Cosmos, afin de développer la thèse soutenue dans Piège dans le cyberespace. C’est cet entretien de cinq heures que la journaliste nous propose dans ce livre, dans le but de lancer un débat jusqu’alors inexistant en France.

Couverture du livre Le Hold-up planétaire
Couverture du livre Le Hold-up planétaire

Durant ce long entretien, Di Cosmo explique à la journaliste en quoi Microsoft « méprise ses clients, piège ses concurrents et asservit l’innovation ». Finalement il livrera une solution à cette prise de pouvoir à travers les logiciels libres.

Le consommateur y perd tout

Avec son monopole sur les systèmes d’exploitations, étendu aux suites bureautiques, Microsoft prive ainsi l’utilisateur final du droit de choisir. Ses logiciels sont ainsi imposés, ce qui permet de pratiquer des tarifs très élevés. En outre, Microsoft sort très régulièrement de nouvelles versions, dont les fichiers générés ne peuvent pas être lus avec les versions antérieures, obligeant les consommateurs à constamment acheter au prix fort les dernières versions. Aux dires de Di Cosmo, ses nouvelles versions n’apportent aucune amélioration au produit, si ce n’est –et encore- de corriger quelques bogues. Ces changements de versions ont pour unique but de doper les ventes de logiciels Microsoft. Di Cosmo prend l’exemple d’une personne ayant acheté Word 6.

Quelques mois plus tard, Microsoft sort Word 95 (=Word 7). Quelques-uns investissent dans Word 95, et généreront des documents qui ne pourront être lus que par Word 95. Du coup, notre personne, pour pouvoir continuer à travailler, devra à son tour acheter Word 95, alors que cette nouvelle version ne lui apporte strictement rien ! De plus les versions PC et Mac d’Office, même à numéro de version identique, sont incompatibles entre eux ! Di Cosmo va encore plus loin en affirmant que Microsoft commercialise des versions bêta de ses produits. Lorsque Windows 3.0 est sorti, il était extrêmement difficile d’imprimer sous ce système. Microsoft a corrigé ses bogues et a commercialisé le correctif sous le nom de Windows 3.1. Ainsi les acheteurs ont d’abord acheté un système inutilisable, et ont dû repayer pour disposer des correctifs !

D’après Di Cosmo les logiciels Microsoft sont très mal conçu. Outre des problèmes spécifiques tels que la gestion des fichiers (la fragmentation des disques-durs est spécifique à l’environnement Windows, n’importe quel informaticien apprend à l’éviter lors de son cursus universitaire), deux grandes caractéristiques sont spécifiques à Microsoft : l’obésité de ses logiciels et leur instabilité. En effet, de version en version, leurs logiciels requièrent de plus en plus d’espace disque, de mémoire et de puissance, obligeant le consommateur à régulièrement réinvestir dans du nouveau matériel. Di Cosmo rapporte le cas où Microsoft, généreux comme il est, offre des Windows 95 pour des écoles suisses (bien sûr le but de l’opération était d’enrober les enfants afin que ceux-ci devenus grands, utilisent du Microsoft). Ce qui est amusant, c’est que le matériel dans les écoles avait quelques années, et était donc incapable de faire tourner correctement le gourmant Windows. L’instabilité des logiciels –et les nombreux redémarrages qui en résultent- est telle que les consommateurs en arrivent à trouver cela normal, alors que souligne Di Cosmo, il s’agit bel et bien d’un grave problème de conception : généralement des systèmes de type Unix ne se « plantent » pas plus d’une fois tous les trois-quatre ans, contre quinze minutes en moyenne pour le couple Windows95-Office95.

Le comble dans l’affaire, c’est que Microsoft semble complètement négliger la sécurité sur ces logiciels. Ainsi ses « grandes innovations » que sont les ActiveX ou les Macros présentent un énorme danger. Que ce soit les ActiveX (applications téléchargées et exécutées automatiquement par Internet Explorer ou Outlook) ou des Macros (scripts automatisant des opérations dans les logiciels de la suite Office), tous permettent un accès complet au système ! Ainsi si vous utilisez une application telle que Quicken pour gérer votre compte bancaire, le simple fait de visiter une page Web pourra effectuer un virement d’argent vers son auteur si celui-ci y a placé un ActiveX. Cette démonstration a été effectuée publiquement en Allemagne. La technologie concurrente, Java, rend totalement impossible l’accès au système hôte du fait de son architecture. Une autre particularité des systèmes Windows, est que n’importe quel programme a accès à tout le système, y comprit aux parties sensibles. Ainsi nombre de programmes shareware ne se gênent pas pour modifier votre système, ce qui évidemment ne l’arrange pas… De même, les virus sont considérés comme des programmes normaux et ont à ce titre le droit de modifier tous vos fichiers…

Les bénéfices accumulés par Microsoft lui permettent d’acheter ses concurrents potentiels. Qu’une start-up proposent un produit innovant et Microsoft la rachète illico. Que ce soit pour utiliser cette technologie ou juste en priver ses concurrents… De même Microsoft n’hésite pas à emprunter la matière grise en rachetant les meilleurs ingénieurs de ses concurrents. Ainsi le noyau de Windows NT (=le moteur du système), système sensé concurrencer les Unix, a été écrit par un ingénieur de Digital Research.

Di Cosmo émet un avertissement sur les risques d’un monopole sur les technologies d’information et de communication (entre autre Internet). Une société qui contrôlerait toute la chaîne de A à Z serait alors capable de contrôler nos vies. Même s’il reconnaît que ce n’est certainement pas le but actuel de Microsoft, mais "une fois que l’instrument existe, il se trouve toujours quelqu’un pour l’utiliser".

Une stratégie commerciale avant tout

Si une chose est sûr, c’est bien que Microsoft cherche à gonfler au maximum ses bénéfices. Après avoir piégé des millions d’utilisateurs et s’être ainsi accaparé 85% du marché des systèmes d’exploitation (essentiellement des PC), Microsoft tente d’étendre son monopole sur d’autres marchés : bureautique ou Internet.

Il faut savoir que contrairement aux éditeurs de logiciels, les constructeurs ont une marge de bénéfices très faible. Ainsi Microsoft en profite en proposant des Windows moins chers aux constructeurs, moyennant que ces mêmes constructeurs ne proposent aucun système concurrent… Voilà donc d’où vient le monopole sur les systèmes d’exploitation ! Du coup maintenant aucun constructeur n’ose proposer un autre OS, car si Microsoft refuse de lui fournir Windows, c’est la faillite assurée. Le comble du comble, c’est qu’un constructeur comme IBM refuse de fournir OS/2 sur ses propres PC (OS/2 est un système d’exploitation concurrent de Windows développé par…IBM). Il est impossible d’acquérir un PC sans payer Windows, même si vous ne vous en servez pas. Il reste toutefois la possibilité d’aller chez un assembleur, mais celui-ci ne pourra offrir les garanties nécessaires à une entreprise. Pour le consommateur, il s’agit de lui faire croire que Windows est un composant indispensable de son ordinateur. Ce type de vente liée – illégal en France, mais cela n’a l’air de gêner personne- est également appliqué aux logiciels : Windows ne peut-être vendu sans Internet Explorer, ou dans certains pays il est impossible d’acquérir Excel sans acheter Word.

Une autre pratique anti-concurrentielle de Microsoft est de standardiser ses formats propriétaires, voir les véritables standards… Si Internet a pu être possible, c’est parce qu’il a été défini un standard de communication commun à tous les systèmes et logiciels : TCP/IP pour le réseau, HTTP pour le Web, HTML pour la mise en forme, etc… Profitant de son monopole, Microsoft impose ses formats propriétaires comme le .doc ou le .xls. Par exemple certains formulaires de l’UE disponible sur Internet sont au format Word, obligeant l’achat de Windows et d’Office. De ce fait, pour pouvoir proposer des produits s’intégrant aux logiciels Microsoft, la concurrence est dépendante du géant mondial du logiciel, s’il veut bien fournir la documentation nécessaire. Dans le même esprit, Microsoft a une tendance à « étendre » les standards. Cela se matérialise par exemple par l’ajout de balises HTML qui ne pourront bien sûr être lues que par le navigateur maison.

D’ailleurs, pour imposer son navigateur, Microsoft n’a pas hésité à inventer les ActiveX : des applications intégrables aux pages Web. Concurrent du Java déjà bien établi, mais avec la particularité de fonctionner exclusivement avec les produits Microsoft.

Di Cosmos va même jusqu’à avancer que leurs logiciels saboteraient les logiciels concurrents ! Car sous Windows certaines parties du système sont en commun avec plusieurs applications : les librairies partagées ou .dll. Ainsi il serait tout à fait plausible que l’installation d’un programme Microsoft recherche les logiciels concurrents et modifie le système afin de rendre leur exécution impossible.

L’alternative : les logiciels libres

Un logiciel libre est un logiciel fournit avec son code-source, lequel permet d’assurer parfaitement la maintenance du logiciel mais également de l’adapter à ses besoins. Une des particularités est que sa licence lui garantit de rester libre : ainsi si le code-source est modifié, il devra obligatoirement être mis à disposition pour qui le souhaite. Par contre un logiciel libre n’est pas obligatoirement gratuit. Le logiciel libre le plus connu est certainement le système d’exploitation GNU/Linux initié par un étudiant finlandais Linus Torvalds. Ce système d’exploitation est certainement l’un des plus gros concurrents de Microsoft à l’heure actuelle. Sa progression est phénoménale, mais reste néanmoins discret dans le grand public car encore trop complexe d’utilisation.

Di Cosmo voit en ces logiciels toutes les qualités que Microsoft n’a pas : puissants, peu bogué (le code-source étant à disposition de milliers de développeurs, les bogues se trouvent très rapidement corrigés), et bien conçus. De plus ils permettent de recycler d’anciennes machines (type 486) rendues obsolètes avec les logiciels Microsoft.

Idéaliste, Di Cosmo voit véritablement dans le libre la possibilité d’une informatique meilleure, plus sûre et à la portée de tout le monde.

Critique

Le Hold-up planétaire est très facile à lire du fait de son caractère d’entretien : le livre est en style direct. De plus, il est très illustré en anecdotes, rendant son discours plus clair et intéressant. Les auteurs ont fait un réel effort de mise à portée du grand public, ils utilisent un vocabulaire peu technique (Dominique Nora n’est pas un journaliste informatique). Malheureusement cette vulgarisation provoque quelques inexactitudes mais qui ne fausse en rien le discours de l’universitaire. L’utilisateur de logiciels Windows (dont je suis) ne peut qu’admettre rencontrer lui aussi les problèmes décrits, ce qui évidemment crédibilise énormément la thèse de l’auteur.

Néanmoins d’une manière générale, Di Cosmo s’appuie beaucoup trop sur des rumeurs empruntées sur Internet, et souvent de source peu fiable. Une entreprise de la taille de Microsoft trouve forcément des opposants, qui fantasment à inventer les pires rumeurs…

De même, Di Cosmo est un fervent défenseur des logiciels libres, une simple visite sur sa page personnelle suffit à s’en convaincre. Idéologiquement anti-solutions propriétaires, il est clair qu’il ne peut guère « encadrer » le géant mondial du logiciel.

Avant de commenter les arguments « anti-microsoftiens », un état des lieux s’impose, trois ans après la sortie du livre. En ce début 2001, Microsoft occupe toujours une évidente place de monopole sur les systèmes d’exploitation et les suites bureautiques. Côté grand public, Microsoft est toujours la meilleure vente, son système d’exploitation étant toujours obligatoirement vendu avec un ordinateur. Néanmoins les solutions alternatives ont gagné un peu de terrain : que ce soit Apple avec le succès de son iMac, Linux qui s’est doté d’interfaces graphiques digne de ce nom, ou encore BeOS. Chez les professionnels par contre, la situation n’est pas la même. Les ventes de Windows NT stagnent, et son successeur Windows 2000 n’a vraiment pas le succès estompé. Régulièrement les études montrent un « ras-le-bol » des systèmes Microsoft, et la montée en force de GNU/Linux en est une parfaite illustration. Windows NT occupe environ 25% du marché des serveurs, avec une majorité écrasante de solutions basées sur le logiciel libre. De même, de nombreux constructeurs et éditeurs supportent désormais le libre. Néanmoins pour ce qui est des suites bureautiques, tout le monde ne jure que par Office. Même en proposant une suite aussi performante mais gratuite, Sun Microsystem n’arrive pas à faire de l’ombre à l’éditeur de Redmond.

D’après Di Cosmo, le consommateur n’a plus le choix ? A mon avis, oui. Déjà en achetant un PC on est quasiment obligé d’acheter Windows avec. Quasiment ? Il est néanmoins vrai que chez les petits assembleurs, on peut encore s’en passer. J’ai personnellement acheté un PC chez un assembleur, mais il a été difficile de lui expliquer que je ne voulais pas de son Windows (Microsoft propose des licences moins chères aux étudiants, mais il faut alors acheter Windows à part) : car bien des assembleurs ne connaissent rien d’autre que Windows. De plus, le public peu connaisseur est mal à l’aise chez un assembleur, et préfère la grande distribution mais qui lui impose un Windows. En entreprise, le problème est plutôt un problème de fiabilité du matériel. Seuls de grands constructeurs comme Dell ou HP peuvent proposer une fiabilité et un support à la hauteur, mais imposent également Windows. Passé le cap de l’achat, se pose le problème des logiciels : l’écrasante majorité d’entres eux ne sont disponibles que pour Windows. Certes Microsoft y est certainement un peu pour quelque chose, mais de toute façon un éditeur vise à toucher le plus de monde possible et développe donc forcément sur la plate-forme la plus utilisée. Pour ce qui est de la montée en version, elle est tout à fait injustifiée. Prenons le cas de Windows 95 : Microsoft nous a vendu successivement Windows 95 osr1, Windows 95 osr2, Windows 98, Windows 98 SE et Windows ME. Quelles ont été les évolutions entre toutes ses versions ? Aucune. Ou plutôt si, au fil des versions Windows est de plus en plus lent, nécessite de plus en plus de mémoire (8mo pour Windows 95 contre 128 pour Windows ME), mais aucune évolution du système. Quelques gadgets supplémentaires (movie maker…), une mise à jour du navigateur d’ailleurs disponible gratuitement séparément, un relookage, un camouflage de l’antique MS-Dos (Windows ME), et une éternelle promesse de stabilité jamais tenue. Et à chaque version, Microsoft annonce bel et bien son débuggage comme une évolution technologique majeure. Windows est très mal conçu : un empilage d’extensions sur le noyau poussif du Dos (Dirty Operating System). Le problème de la défragmentation est effectivement extraordinaire ! Et comme bien souvent Microsoft ne corrige pas le problème mais propose des réparateurs. Ainsi plutôt que de stabiliser Windows, Microsoft préfère travailler sur la réinstallation automatique de Windows ; plutôt que de proposer un système de fichiers fiable, Microsoft propose Scandisk, etc… Pour ce qui concerne les autres logiciels notamment ceux de la suite Office, les évolutions sont les mêmes (c’est-à-dire aucune), mais le format de fichier change, obligeant effectivement à acheter constamment les dernières versions pour pouvoir partager ses documents. Concernant les nombreuses failles de sécurité, à croire qu’elles sont volontaires tellement elles sont invraisemblables : Microsoft aurait-il des partenariats avec les éditeurs d’antivirus ? Autre bogue aberrant : une simple commande permet de redémarrer n’importe PC Windows sur Internet : ce bogue, extrêmement connu, n’a jamais été corrigé. Quant à dire que Microsoft cherche à contrôler nos vies, ou tout au moins à tracer nos profils, cela a fait bien rire les critiques de l’époque. Seulement depuis Microsoft s’est fait épingler à plusieurs reprises : des programmes d’installation tel que celui de Windows 98, envoyait bien plus que le nom d’utilisateur lors de l’enregistrement en ligne… De nombreuses base de données contenant des informations personnelles ont ainsi été saisies par la Justice. Toutefois la mainmise de Microsoft sur Internet tourne à l’échec : s’il est bien numéro 1 sur les navigateurs (à plus de plus de 95%), il est loin d’avoir acquit les serveurs puisque la plupart d’eux tournent avec des logiciels libres (Apache), et son expérience de fournisseur d’accès s’est soldée par un échec. Méfiance tout de même…

Pour ce qui est des pratiques anti-concurrentielles, c’est tout à fait indéniable. Par exemple ce qui gêne beaucoup Microsoft actuellement est le langage Java, qui a un franc succès chez les développeurs. Microsoft a d’abord tenté d’imposé un « équivalent » avec ses ActiveX. Malheureusement cela n’a pas prit : d’abord parce que le niveau de sécurité était vraiment trop faible et surtout parce que l’ActiveX ne fonctionne que sur les produits Microsoft, tandis qu’un programme en Java fonctionne tel quel sur toutes les plate-formes du marché. Face à cet échec et la généralisation de Java, Microsoft a lancé un deuxième stratège : détourner le langage. Microsoft a donc acquit une licence d’exploitation auprès de Sun, et a ainsi pu intégrer Java à sa suite de développement Visual Studio. A un détail près : l’exécutable généré avec le Java Microsoft ne fonctionnait plus que…sous Windows. Malheureusement pour Microsoft, les développeurs Java ne sont pas tombés dans le piège. Et Sun n’a pas trop apprécié non-plus, et a attaqué le géant en Justice. Dans ce type de situation, Microsoft devient actionnaire de la société qui l’ennuie pour stopper les poursuites (pratiqué par exemple avec Apple), voir rachète carrément la société. Mais là le poisson était trop gros, mais malgré tout, cela s’est réglé à l’amiable avec une compensation financière à Sun… Un bel exemple de la stratégie Microsoft. Malgré tout quand Di Cosmo annonce que Microsoft adapte Windows pour empêcher le bon fonctionnement des logiciels de ses concurrents, j’en suis moins sûr. Certes ils leur mettent certainement des bâtons dans les roues, mais pas jusque là. Généralement lorsqu’un concurrent devient gênant, il se fait tout simplement racheter. Il suffit de suivre la presse informatique pour voir le nombre de rachats hebdomadaires.

D’une manière générale, je pense que Di Cosmo a correctement décrit les pratiques de Microsoft.

Là où je le rejoins un peu moins, c’est sur le modèle du logiciel libre. Oui le logiciel libre est plus sûr (plus de débogueurs), oui il est plus performant (les compétences de milliers de programmeurs), oui il est moins cher (souvent gratuit ou presque), mais non ce n’est pas l’avenir. Ou plutôt ce n’est pas l’avenir tel qu’il est aujourd’hui. Je pense qu’un modèle de développement avec des équipes éclatées partout dans le monde est beaucoup moins efficace. Preuve en est avec GNU/Linux. Le gros problème de GNU/Linux, c’est que les développements partent dans tous les sens. Aucun superviseur. Ce sont ceux qui font les distributions qui « finalisent » le produit comme ils peuvent. Si on prend un système tel que Windows, une fois que l’utilisateur a comprit comment fonctionne un ascenseur, il saura manipuler les ascenseurs de toutes ses applications. Par contre sous Linux, il existe des centaines d’ascenseurs différents, chaque développeur utilisant plus ou moins le sien. Si Linux n’est pas accessible aujourd’hui, c’est pour beaucoup à cause de cela. Par contre quelquefois de gros projets se trouvent centralisés, tel que les systèmes d’exploitation FreeBSD, OpenBSD et NetBSD ; et là on arrive à un produit fini. L’idéal serait de créer des standards ouverts, comme il a été fait pour Internet, mais généralisé à toutes les applications informatiques. Ainsi chacun pourrait utiliser les logiciels qu’il souhaite (libres ou non d’ailleurs), mais avec l’assurance que tous les transferts de données seront sûrs dans le sens où aucune donnée confidentielle ne pourrait s’échapper. Le libre choix pour l’utilisateur, tout en garantissant la parfaite interopérabilité entre les applications. Sun fait un pas en avant avec Java, puisque pour une application donnée, l’utilisateur est libre de choisir son système d’exploitation, Microsoft ou non.

En conclusion ce livre remplie bien son rôle, il nous fait réfléchir sur le cas Microsoft : Microsoft semble bien loin de l’image qu’ils veulent nous donner. Jusqu’où iront-ils ?

Pour en savoir plus...

N’hésitez surtout pas à lire le hold-up planétaire, c’est vraiment très intéressant et très facile à lire, même pour les non-initiés à l’informatique. Le livre avait très bien marché à l’époque de sa sortie, et devrait être disponible dans pas mal de bibliothèques. Si ce n’est pas le cas, vous pouvez toujours le commander chez votre libraire ou site Internet favori.

Auparavant je vous recommande tout particulièrement un article du même auteur, Piège dans le Cyberespace, consultable gratuitement sur Internet. Cet article, également très facile à lire, est un excellent résumé du livre. Ou plutôt le livre est un développement de l’article !

Ce livre a bien évidemment suscité un débat lors de sa sortie, comme en témoignait le site du journal Libération : on y trouvait alors notamment deux lettres de Microsoft France en réponse aux accusations. Malheureusement il semblerait que ces pages ne soient plus disponibles...

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